À partir de quand parle-t-on d'heures supplémentaires ?
En intérim comme en CDI, la durée légale du travail est de 35 heures par semaine. C'est le seuil de référence : en principe, toute heure effectuée au-delà est une heure supplémentaire. La semaine se compte du lundi au dimanche, et non sur la durée de la mission.
Ce seuil n'est pas figé. Un accord collectif de l'entreprise utilisatrice ou de sa branche peut organiser le temps de travail sur une période plus longue que la semaine, jusqu'à l'année (modulation, annualisation). Les heures supplémentaires se comptent alors selon les règles de cet accord, par exemple au-delà d'un seuil annuel de 1 607 heures ou de la moyenne de 35 heures sur la période de référence, avec parfois une limite hebdomadaire propre. Votre nombre d'heures peut donc varier d'une semaine à l'autre. C'est l'organisation en vigueur dans l'entreprise utilisatrice qui s'applique : votre contrat de mission et votre agence vous indiquent ce qui vaut pour votre poste.
Un intérimaire n'a pas de régime à part sur ce point. Pour un contrat à temps partiel, on parle en revanche d'heures complémentaires, qui obéissent à des règles distinctes.
Les taux de majoration : 25 % puis 50 %
À défaut d'accord de branche ou d'entreprise, la loi fixe deux paliers. Un accord peut prévoir d'autres taux, sans jamais descendre sous 10 %, ce qui explique que le taux affiché sur votre contrat dépende de la convention collective de l'entreprise où vous travaillez.
| Tranche d'heures | Majoration légale | Exemple à 14 € / heure |
|---|---|---|
| 1re à 35e heure | Aucune (heures normales) | 14,00 € brut |
| 36e à 43e heure | + 25 % | 17,50 € brut |
| À partir de la 44e heure | + 50 % | 21,00 € brut |
| Si un accord s'applique | Taux fixé par l'accord, jamais inférieur à + 10 % | Selon la convention collective |
Exemple chiffré (décompte hebdomadaire de droit commun) : une semaine à 45 heures, payée 14 € de l'heure
35 heures normales : 35 × 14 € = 490 €
8 heures à + 25 % (36e à 43e) : 8 × 17,50 € = 140 €
2 heures à + 50 % (44e et 45e) : 2 × 21 € = 42 €
➡️ Rémunération brute de la semaine : 672 € (contre 630 € sans majoration).
D'autres majorations peuvent s'ajouter selon la convention collective : travail de nuit, dimanche, jours fériés. Elles figurent sur des lignes distinctes de votre bulletin de paie.
Qui décide et qui est responsable : l'agence ou l'entreprise ?
C'est le point le moins connu, et celui qui change tout en cas de litige. Votre employeur juridique est l'agence d'intérim, mais ce sont les horaires de l'entreprise utilisatrice qui s'appliquent. C'est elle qui organise votre temps de travail et la loi la rend responsable de sa durée.
Pendant la durée de la mission, l'entreprise utilisatrice est responsable des conditions d'exécution du travail, telles que les fixent les dispositions légales et conventionnelles applicables au lieu de travail. Cela couvre la durée du travail, le travail de nuit, le repos hebdomadaire et les jours fériés, ainsi que la santé et la sécurité au travail.
Article L1251-21 du Code du travail
Conséquence concrète : en cas de contestation sur le respect des durées maximales, c'est à l'entreprise utilisatrice de prouver qu'elle les a respectées. La Cour de cassation l'a confirmé le 25 octobre 2023 (n° 21-21946).
Et côté rémunération, le principe est l'égalité avec les salariés de l'entreprise : à qualification et poste équivalents, vous ne pouvez pas être moins bien payé qu'un salarié permanent. Les règles de majoration appliquées dans l'entreprise vous concernent donc directement (article L1251-18).
Les limites : contingent annuel, 44 h et 48 h
Les heures supplémentaires ne sont pas illimitées. Trois repères à connaître, valables pour l'intérim comme pour tout salarié.
À côté de ces durées maximales, le contingent annuel fixe le volume d'heures supplémentaires autorisé : 220 heures par an à défaut d'accord. Au-delà, l'employeur doit accorder une contrepartie obligatoire en repos, en plus de la majoration : 50 % des heures concernées dans les entreprises de 20 salariés au plus, 100 % au-delà.
Un repos compensateur de remplacement peut remplacer le paiement des heures supplémentaires, mais uniquement si un accord de branche ou d'entreprise le prévoit. Il reste rare en intérim.
Paie : ce que deviennent l'IFM et les congés payés
Les heures supplémentaires ne s'arrêtent pas à la ligne « heures majorées » de votre fiche de paie. Elles entrent dans la base de calcul de deux indemnités propres à l'intérim, ce qui augmente leur effet réel.
- L'indemnité de fin de mission (IFM) représente 10 % de la rémunération totale brute, heures supplémentaires comprises.
- L'indemnité compensatrice de congés payés (ICCP) ne peut être inférieure au dixième de la rémunération totale brute perçue pendant la mission. Sa base inclut l'IFM et les majorations, dont celles des heures supplémentaires.
Pour chaque mission, l'indemnité compensatrice de congés payés est calculée en fonction de la durée de la mission et ne peut être inférieure au dixième de la rémunération totale brute perçue par le salarié pendant la mission.
Article L1251-19 du Code du travail
Suite de l'exemple : la semaine à 45 heures (à titre indicatif, hors accord plus favorable)
Rémunération brute de la semaine : 672,00 €
IFM : 10 % × 672 € = 67,20 €
ICCP : 10 % × (672 € + 67,20 €) = 73,92 €
➡️ Total brut de la semaine, indemnités comprises : 813,12 €.
Pour le détail des deux indemnités, consultez notre guide sur l'indemnité de fin de mission : versée ou pas et notre guide complet du salaire en intérim.
Gardez toujours une trace de vos heures. Le relevé d'heures remis à l'agence sert de base à votre bulletin de paie et tranche en cas de désaccord. Vérifiez que chaque semaine y figure avec le bon nombre d'heures, avant de le faire signer.
Heures supplémentaires défiscalisées : ce qui s'applique en 2026
Les heures supplémentaires bénéficient d'un régime avantageux, applicable aux intérimaires comme aux autres salariés, dans les conditions en vigueur à la date de publication. Ces plafonds et taux peuvent évoluer avec les lois de finances et de financement de la sécurité sociale.
- Impôt sur le revenu : les rémunérations liées aux heures supplémentaires sont exonérées dans la limite de 7 500 € nets par an (article 81 quater du Code général des impôts). Au-delà, elles sont imposées normalement.
- Cotisations salariales : une réduction pouvant atteindre 11,31 % de la rémunération des heures supplémentaires s'applique, la CSG et la CRDS restant dues.
- Côté employeur : une déduction forfaitaire de cotisations patronales s'applique sur les heures supplémentaires, dispositif étendu par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026.
Les amendements visant à rendre ces heures totalement défiscalisées n'ont pas été adoptés : le plafond de 7 500 € reste donc la référence.
Côté entreprise : heures supplémentaires ou renfort en intérim ?
Une équipe qui enchaîne les heures supplémentaires chaque semaine paie des majorations de 25 % puis 50 %, consomme son contingent et s'expose aux plafonds de 44 h et 48 h. Pour un pic ponctuel, c'est une réponse adaptée. Quand le pic se répète, un renfort mérite d'être comparé.
Les bons réflexes
- Suivre les horaires semaine par semaine, avec un relevé fiable.
- Anticiper les pics (week-ends, inventaires, fêtes de fin d'année) pour planifier un renfort.
- Vérifier la convention collective applicable aux majorations.
Les erreurs à éviter
- Dépasser 48 h sans pouvoir le justifier : la preuve vous incombe.
- Oublier que les heures sup entrent dans la base de l'IFM et des congés payés.
- Empiler les heures sur les mêmes personnes au lieu d'élargir l'équipe.
Chez Good Intérim, nous plaçons des renforts en grande distribution, hôtellerie-restauration et métiers de bouche, à Paris comme à Nice. Avant de reconduire un contrat sur le même poste, pensez aussi au délai de carence entre deux missions.
Information générale. Cet article présente les règles légales de référence en vigueur au 28 octobre 2026. Les règles applicables à votre mission dépendent de l'entreprise utilisatrice, de la convention collective et des accords qui s'y appliquent, de votre contrat de mission et de l'évolution de la législation. Il ne constitue pas un conseil juridique personnalisé : pour votre situation, appuyez-vous sur votre contrat de mission, sur votre agence ou sur un professionnel du droit.
Pour aller plus loin
- Délai de carence entre deux missions — calcul et exceptions.
- Indemnité de fin de mission — versée ou pas, comment la vérifier.
- Salaire en intérim — le guide complet du paiement.
- Peut-on refuser une mission d'intérim ? — vos droits avant de signer.

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